Le combat commence maintenant

Mais c’est quoi, un « Pipeline » ?
Tout a commencé quand j’ai quitté l’ambassade. J’avais du temps libre devant mon PC et je me suis mise au codage. Petit à petit, j’ai appris à créer des sites web, jusqu’à obtenir un diplôme de « Fullstack Developer ».
Cependant, avec l’ascension fulgurante de l’IA, j’ai eu un déclic : « Un simple diplôme Fullstack ne suffira plus pour trouver du travail. Je dois me diriger vers un domaine que l’IA ne pourra pas rattraper de si tôt. »
En parcourant les offres d’emploi IT sur LinkedIn, un terme revenait sans cesse : « DevOps ». Au début, je ne comprenais pas bien ce que cela signifiait, mais j’ai vite compris que c’était un secteur très demandé et, a priori, à l’abri de l’IA pour un moment. Pour ceux qui ne travaillent pas dans l’informatique, c’est un domaine difficile à expliquer. C’est pourquoi je dis souvent que je travaille dans le « Cloud ». (Pour faire simple, un ingénieur DevOps est celui qui automatise et optimise l’environnement de développement pour que les autres ingénieurs puissent travailler sereinement).
À l’époque, le seul « Cloud » que je connaissais était iCloud… J’ai donc commencé par les bases : Microsoft Azure et AWS. C’est avec ce bagage encore frais que je me suis présentée à un entretien d’alternance. Quand on m’a dit : « Vous travaillerez principalement sur la maintenance des pipelines », je me suis dit intérieurement : « Hein… ? C’est quoi ça ? »
Conversions entre « geeks » en français
Même si je m’y attendais un peu, le DevOps reste un domaine de niche en France. Bien qu’il y ait eu d’autres alternants, on me disait souvent : « C’est la première fois que j’entends parler d’une alternance en DevOps ». Même parmi les ingénieurs, certains faisaient une moue dubitative, comme s’ils connaissaient le terme sans vraiment savoir ce qu’il impliquait.
J’ai réalisé plus tard que les ingénieurs DevOps ou SRE sont souvent d’anciens développeurs Frontend ou Backend qui se sont spécialisés par la suite. Mes collègues de l’équipe Cloud étaient tous des vétérans avec au moins 10 ans d’expérience. Et bien sûr, c’étaient tous des hommes. Une femme, de surcroît asiatique, était une perle rare dans ce milieu.
Comme je l’ai déjà mentionné, il y a en France cette coutume de passer de longues pauses déjeuner entre collègues. Mon équipe me lançait souvent sur des sujets comme les animés japonais, les jeux vidéo ou parfois des films japonais très pointus. Était-ce pour m’intégrer, moi la seule femme, ou simplement parce que les ingénieurs sont souvent de grands fans de la culture japonaise ? Je ne le saurai jamais. Mais alors qu’ils passaient leur temps à discuter d’infrastructures complexes avec des termes techniques incompréhensibles, ils faisaient l’effort de trouver des sujets de conversation à ma portée.
Venir d’un pays où l’on n’apprend pas les poesies par cœur

Au Japon, on peut devenir ingénieur via une formation interne en entreprise, même sans diplôme spécifique. En France, c’est impensable : le diplôme est le sésame absolu. Mon niveau d’études le plus élevé étant une licence d’une université japonaise, cela ne suffisait pas pour devenir ingénieur DevOps.
À 43 ans, je me suis donc lancée dans un master en ligne. Normalement, cela se fait en un an, mais je n’ai pas tout validé du premier coup (j’ai eu un « Partially Passed »). Il m’a fallu recommencer et j’ai finalement obtenu mon diplôme au bout de deux ans. Comme je l’ai dit, ce cursus s’adresse normalement à des personnes déjà ingénieurs (j’aurais aimé qu’on me prévienne !), et pour moi, débutante et étrangère, c’était extrêmement difficile.
Pourtant, techniquement, ce n’était pas le plus dur. Le véritable défi, en tant que Japonaise, c’était la soutenance devant le jury en français. La France est un pays où, dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à réciter des poesies par cœur devant la classe, avec de grands gestes et une mise en scène théâtrale. Résultat : les Français sont incroyablement doués pour les présentations. Arrivant d’un pays où l’on n’apprend pas de poesies de cette façon, si je me contentais de lire mon PowerPoint d’une voix monotone, j’étais sûre d’échouer.
J’ai alors pris exemple sur le président Macron, connu pour son excellence en communication. J’ai décidé de jouer le jeu à la française : de grands gestes, des variations d’intonation, une vraie mise en scène. Et devinez quoi ? J’ai réussi du premier coup ! C’était exactement ce qu’il me manquait.