À propos de l’éducation bilingue

Notre famille s’est installée il y a environ quatre ans à Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. Si nous avons choisi Rambouillet, c’est parce qu’à l’époque je me passionnais pour l’histoire de la France, de Louis XIV jusqu’à la Révolution française, et je dévorais tout ce que je pouvais lire sur le sujet. J’avais été fascinée par le château de Rambouillet, transmis au comte de Toulouse, fils légitime de Louis XIV et de Madame de Montespan, ainsi que par la forêt de Rambouillet où les rois venaient souvent chasser. Aujourd’hui, cet endroit est connu comme résidence secondaire du président de la République française, mais je n’ai jamais vu l’actuel président y passer ses vacances. Malgré cet environnement riche en nature, on peut rejoindre Paris en environ 35 minutes en train rapide depuis la gare Montparnasse. J’étais convaincue que d’autres Japonais vivaient forcément dans un endroit aussi pratique, mais en quatre ans passés ici, je n’ai malheureusement jamais croisé de personne qui semblait japonaise. Puis, à la fin de l’année dernière, ma fille cadette de neuf ans a rencontré à son cours de gymnastique rythmique une amie franco-japonaise du même âge — des jumeaux, une fille et un garçon. Comme leur mère est japonaise, nous sommes vite devenues amies, et j’ai enfin rencontré une autre famille franco-japonaise à Rambouillet.
Une famille franco-japonaise plutôt tournée vers le Japon
Nous avons invité toute la famille — les parents et les deux enfants — à dîner, et c’est à cette occasion que nous avons réalisé que notre propre foyer était très orienté vers le Japon. Les deux enfants franco-japonais de cette famille ne parlent pas du tout japonais et ne sont même jamais allés au Japon. Nous avions préparé des Temaki-sushi pour le dîner, et ils étaient ravis d’en goûter pour la première fois. En fait, comme la maman japonaise leur parle toujours en français, la langue commune de la famille est le français. (C’est aussi un avantage, car tout le monde peut converser dans la même langue.) Cette situation a beaucoup surpris notre famille. Chez nous, depuis la naissance des enfants — et même avant — je ne leur parle qu’en japonais. Ainsi, lorsque les enfants et moi discutons à table, c’est en japonais, tandis que mon mari français leur parle en français. Mon mari et moi parlons français entre nous. En entendant cela, le père français de l’autre famille a demandé à mon mari, avec un air perplexe : « Donc, même quand les trois autres parlent japonais, tu les écoutes sans comprendre ? »

Pour la maman de cette famille, il était étonnant que nos deux enfants parlent couramment japonais. Mais pour eux, c’est tout à fait naturel. D’ailleurs, nous mangeons presque toujours des plats japonais à la maison. S’il ne reste qu’une portion de Natto au petit-déjeuner, mes deux enfants peuvent se disputer pour l’avoir — preuve qu’ils ne se distinguent en rien d’enfants élevés au Japon.
Bien sûr, dès ma grossesse, j’avais décidé que je parlerais toujours japonais à mes enfants. J’avais prévenu mon mari : « Même si tu ne comprends pas, je continuerai à leur parler japonais. Si cela te pose problème de ne pas suivre les conversations, tu ferais mieux de commencer à apprendre le japonais dès maintenant. » À l’époque, il a promis de ne pas étudier le japonais, mais aussi de ne pas se plaindre si notre foyer fonctionnait en japonais — et jusqu’à présent, il tient parole. Nous avons inscrit les enfants dans une école maternelle japonaise en France, pour laquelle je préparais chaque jour deux bentos. Nous poursuivons aussi sérieusement l’apprentissage des kanjis et de la langue japonaise, et ils lisent des mangas et des livres en japonais. Cette éducation approfondie en japonais semble d’ailleurs faciliter l’apprentissage d’autres langues : tous les deux obtiennent d’excellents résultats en anglais à l’école.
Du japonais vers l’anglais
Mon prochain objectif est de m’installer temporairement en famille dans un pays anglophone. Malheureusement, le travail de mon mari ne peut s’exercer qu’en France, il devra donc faire des allers-retours. Comme notre but est de permettre aux enfants d’acquérir l’anglais, ce séjour serait limité à un ou deux ans. De mon côté, puisque je suis devenue ingénieure, j’envoie activement des candidatures dans des pays anglophones et je suis en pleine recherche d’emploi.
Pour l’instant, nous visons l’Irlande. Après le Brexit, il est devenu difficile de travailler au Royaume-Uni, et l’Irlande est pratiquement la seule option. De plus, notre famille a un lien particulier avec ce pays : l’arrière-grand-mère de mon mari français était une immigrée irlandaise. Elle était venue seule à Paris pour travailler comme nourrice dans une famille bourgeoise, puis avait épousé le fils de cette famille. Nous évoquons souvent, tous les quatre, la vie de cette Irlandaise prénommée Teresa et imaginons son parcours.